On est dans l'ère du trop, de l'abondance, de l'excès, du trop, du trop plein. De l'excès à l'excessif, il n'y a qu'un pas et on bascule vite dans le vide. le trop passe la borne du normé, du
normal, de l'acceptable, concevable au sens. L'excès de qualité nie la qualité, une antienne connue.
Le discours populaire repousse le très au trop, comme si l'intensité ne suffisait plus à dire le désir de préférence. Le "trop bon", le "trop fort" n'est-il qu'un masque à la mode, une enflure de
l'emphase? Litéralement, le sens explose, le trop fort est mortel s'il s'agit de courant électrique, le trop bon culinaire voisine avec l'immangeable. Quand la polarité est là, le sens persiste et
signe: le trop con n'est pas assez intellligent, mais le trop intelligent s'exclut de la classe et la polarité s'inverse. Qu'entendre par "il est trop intelligent"? Variante outrée du très ou bien
au-delà de l'intelligence telle qu'elle peut être normée et perçue?
Il faut croire que le basculement vers l'excès n'est qu'un effet de mode, un épiphénomène langagier propre au siècle des enflures, des lumières aveuglantes tant elles brillent par leur absence de
mesure et de nuance. Ce qui inquiète, c'est qu'à force de voir le monde à la lumière des projecteurs, on finit par ne plus être capable de marcher dans la pénombre.
mai 08