Glèbe tournée du fond des siècles, gonflée du sang d’antan de soldats tombés, luisante et froide comme le soc, face tournée vers la chaleur, le magma, terre ouverte blessure nourricière, reflet métallique du ciel, planté au mitan de la frontière d’avant,...
A une encablure des rives où le circonflexe s’est accroché comme un filament blanchâtre soyeux, le fleuve, le seul fleuve de ce continent, sauvage et presque immobile, semble pousser des charrois de sable, on disait la grève au cul dangereux, traître...
Check point Charlie. Soldats et drapeaux d'opérette pour touristes voyeurs, massifs, passifs, clients avides d'une histoire vidée, reconstruite indolore, incolore, t-shirt dix euros, j'y étais, et l'horreur, l'indifférence carte postale, photo souvenir...
caravanes englouties dans des mémoires de sable passent chargées d'étoffes vers nos rêves de civilisations perdues, Samarcande L'horizon s'efface indistinct, le soleil irise la terre en ciel comme un miroir vibrant. La blancheur plisse l'oeil, efface...
j'ai découvert cette écriture penchée et régulière de mon arrière grand-mère, faite de pleins et de déliés à l'ancienne, une écriture d'institutrice qu'elle n'était pas, dans un cahier de recettes d'un autre temps, où les merveilles sucrées et les délices...
...or maybe I was just dreaming they were drilling holes through my head, and the whole city came dripping into me, sullen and fast and shrieking like sirens, with noises that flashed into moving colors, was it New York filling my heart with throbs and...
Les racines des mots à la pointe des dents les veines de la mer aux vagues de ta peau effleurements et glissades ton corps au corps se mêle où l'air pèse sur les mémoires l'arbre à l'arbre jaillit écoute ces branches qui t'appellent et tu trembles à l'offrande...
la nuit j'mennuie, la nuit je bois, la nuit je vois, la nuit je vis, la nuit descend là dans ma veine comme un voyage articulé, la nuit j'égrenne des syllabes, des bulles, des litanies en comprimés, qui me remontent depuis l'enfance, explosant sur la...
(à l'hôpital Raymond Poincaré de Garches, 1991)laisser des blancs, du blanc, de l'espace entre les images pour que l'oeil s'engouffre ou se perde. La trace, la marque, le signe, le lien doivent se faire discrets, afin que le travail se fasse, que la lecture...
Lune pleine de chair et de mélancolie bleue, blafarde, étirée de tes reflets de coeur, lune pleine de fiel, sanguine, ventriculaire, décalquant ta noirceur sur les aubes timides. Lune sourde, lointaine, astre que nous cueuillions du bout de nos doigts...
Je n'ai pas cessé d'embrasser du bois rugueux et tendre l'écharpe écorce de nos vies le vent joueur au cent refrains sur la peau de nos feuilles pleines. Pas encore retiré mes lèvres des multiples palpitations colorées pleines de sève de suc et d'or dans...
Si seulement l'antimoine supprimait le clergé, nous donnerions aux ouvriers un jour de déprime de sécurité. Si au moins les contractuelles abolissaient le présent, nous rêverions d'îles aux trésors en forme de rouge à lèvres moite où les yeux de femme...
The world is falling apart and nobody cares. You know that love should be there to caress your sweet skin, forgetting old age and blisters. The earth is shrinking, the air thinning, and all the animals counting their lasts. Why take your hand from my...
The man opened his mouth slowly, and everything his lips had kissed, the flesh, the hopes, the sweet mellow memories, came up rancid and sour like bad sleep as he reached out for a cigarette. He sucked from the green glassy mouth of a beer bottle some...
Qui est l'auteur, l'autre, la moitié schizophrène qui regarde le miroir réfléchir, de l'autre côté du tain, dans l'ombre des douleurs? Cacher, montrer, projeter un peu de l'être au monde, donner à voir, rendre perceptible l'innommable, l'impudique, ouvrir...
that night they laid me down and told me stories of the earth, I saw the lights and the faces that poked into my skins for the remnants of the past, the flow, the pulse. The whiteness of the world was coming onto me and I was vanishing in the vapors of...
Regarde le vent agiter les graminées graciles flexibles. Il fait doux, mes yeux sont forts de ces couleurs pleines de sève, gonflées comme des gangues prêtes à éclore. La montagne là-bas vibre dans son enveloppe brumeuse, où la chaleur monte vers l'infini,...
je me souviens de l'eau claire des rivières, d'un ponton où nous plongions, d'une Loire fougueuse, des glaçons en hiver. Je me souviens des grandes révoltes de l'adolescence, du désir d'être vieux, mai 68 à la campagne, mon père la voiture chargée de...
Pourquoi ment-on? et pourquoi bouche dégoût à Menton? Pourquoi pas bouche du Rhône, bouche que veux-tu, bouche à mentir, à embrasser, bouche tire-bouchonnée de plaisir, petit bouchon poussé, bouche bée, bouche baiser doucement déposé sur un menton qui...
Pourquoi que moi j'ai pas des vestes en nalpaga et des chaussures de zèbre pour courir plus vite dans la rue? Pourquoi que moi j'ai pas des mirlènes adoucis et des mimis à dix sous aussi? Alors qu'à la télé y'en a plein qui n'en n'ont. Pourquoi qu'moi...
9h30. Les élèves de troisième composent, se décomposent, posent des équations mathématiques appliquées sur le bleu ou le jaune des brouillons d'examen. Une petite noiraude me regarde de temps en temps avec une insistance effrontée et un léger sourire....
J'irai dans un pays grisaille où les fleurs de pavot tremblent comme les paroles de vieux lassés d'attendre les pas absents, où l'air s'immobilise tendu par des regards tristes fixant l'opaque densité des vitres nues où flotte une odeur fanée de biscuits...
...le temps qui me reste à vivre, qui me sépare de l'enchantement qui me rendra insensible à la blessure. Temps de l'attente douloureuse qui s'étire et déchire l'autre blessé. L'attente en soi est vide, ce sont toutes les vapeurs verbales qui l'emplissent...
Dans vos villes mal femmées coule un flot de malentendus de vérités non dites, flottantes incertitudes qui se révèlent à l'aube dans des gueules de bois qui font le trottoir. Titubant et tout au bout de la nuit de son banc blanchi sous le harnais un vieux...
Qu'y-a-t-il au bout de la nuit, un voyage étoilé comme un vieux guide michelin, une succession de lieux visités, chambres noires et vins clairs pour y développer les arômes du jour? Qu'y-a-t-il au bout du voyage, une nuit allongée comme une femme alanguie,...