J'irai dans un pays grisaille où les fleurs de pavot tremblent comme les paroles de vieux lassés d'attendre les pas absents, où l'air s'immobilise tendu par des regards tristes fixant l'opaque densité des vitres nues où flotte une odeur fanée de biscuits cachés en de vieilles boîtes de métal.
Je marcherai vers la chaleur, poussant mes pas vers une douce fatigue et j'irai regarder chaque jour les arbres vieillir. Voir tomber au hasard les feuilles rousses qui revivront dans les cahiers d'écoliers. Etrange destin des grosses feuilles de platane ou de marronniers, comme si le papier absorbait à nouveau la sève qui le créa pour s'enrichir d'un sang neuf, de savoir et de rêve.
Un jour aussi, un enfant aux multiples regards tournera les pages d'un album où je serai collé en d'étranges grimaces, prisonnier de ma chute, des vents et de la lumière.
aoùt 84
aime les arbres comme toi-même!