Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

parturientes

9h30. Les élèves de troisième composent, se décomposent, posent des équations mathématiques appliquées sur le bleu ou le jaune des brouillons d'examen. Une petite noiraude me regarde de temps en temps avec une insistance effrontée et un léger sourire. Elle ferait mieux de s'occuper de son abcisse. J'ai remis ma veste, j'avais froid dans cette salle mal exposée. Il fait soleil et je pense à l'extérieur depuis ma prison mentale. Cette salle d'examen m'en évoque une autre, il y a une vingtaine d'années, où un jovial surveillant, professoral moustachu d'un autre âge, rappelait aux parturientes l'interdiction qui leur était faite de pétuner. Bien que la mixité suspecte des candidats ne se prétât pas au plein rayonnement du bon mot, il en tirait un sourire d'aise qui semblait confirmer la validité de ses longues études, le plaçant au dessus du lot des observés dont bien peu savouraient la connivence du savoir.

Alors que le lavis mental des têtes penchées aujourd'hui s'est éclairci, tout détrempé qu'il est de l'immersion nocturne où l'on ne sait plus trop bien où finit le réel, j'imagine avec une sorte de délectation amère l'écho de telles paroles. Quand tout oscille entre le nul ou le génial, il n'y a place entre les deux que pour le silence des morts sans le respect qu'on leur devrait. Comme si sur le palimpseste labile de ces jeunes consciences je lisais ma propre nostalgie d'étudiant abandonné par ses études.

86

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article