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the mall

Dans le temple de la bouffoculture, j'erre les yeux grand ouverts, affamé de profondeurs et de terreurs d'homme libre. Qu'est-ce que tu vends?

Appuyé sur un mur tourné vers le néon, ma bouche noire suffoque des bouffées plâtreuses comme le flanc d'une montagne pétrifiée. S'enfouir la truffe dans le noir absolument délicieux des malices cachées sous les diaprures silicifiées de la paroi indienne. Combien ça coûte?

Je deploie mon oeil unique de faucon de supermarché et glisse sur les surfaces lustrées si sensibles des couleurs encore vives, et dans un coin entre deux tas d'épluchures synthétiques et de papier artificiel se cachent deux petits vieux bossus, menteurs louches et borgnes. Ils simulent dans leurs manches limées les cravates d'alpagueurs et les couteaux à rêve, et font semblant de jouer aux cartes de crédit, discrètement. L'un a misé douze ans, la mort va lui prendre un oeil et une assurance vile sans qu'il s'en aperçoive. L'autre ne sent déjà plus rien, son âme est partie, refroidie dans un rayon étrange. Il fait désormais une drôle de tête de gondole. L'un rit, l'autre achète des cartes pour comprendre pourquoi l'on rit sans lui. Il ne sait pas, forcément. Les cartes sont un peu démagnétisées et les sens ne suffisent pas à déchiffrer un sens. Les particules se moquent des doigts.

Un être étrange se prenant pour un étage supérieur, déambule, les yeux vides, l'air de chercher l'air. Il est passé, le jeu peut reprendre. Le donneur est toujours le même, le repreneur tend la main, son oeil unique luisant d'espoir. L'espérance mouille la rétine. L'autre refuse de céder la moindre parcelle de vie, il bat des cils sur la terreur vitreuse de son globe aveugle. Leurs pardessus poussent salement sur le marbre synthétique gris et blanc.

Des choppeurs affairés, deux choseuses affiliées, une paire de roulettes patinées croisent sans les voir les deux vieillards affalés. L'intérieur des lumières et les enveloppes de couleur ont déjà tâcheté leurs iris d'une marque caractéristique.

Lorsque bientôt le premier vieillard hurlera de douleur d'avoir perdu une partie truquée, personne n'entendra le moindre gémissement, et lorsqu'il suppliera l'autre de lui ouvrir le ventre de son couteau caché sans manche, nul ne verra l'éclat bizarre de la lame. Les rêves et les pourritures des digestions quotidiennes se deploieront comme une fleur obscène. Une vérité alimentaire surgira en silence des intestins offerts aux effluves des passants.

décembre 87

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